Quatrième état de l'eau



Le quatrième état de l'eau contient en lui toutes les étapes de ses multiples mutations : glacée, elle fond et fait craquer nos montagnes ; rare, elle est l'objet de déchirements nationalistes ; sacrée elle est vaporeuse et essentielle. Mais lorsqu'arrive son quatrième état, celui de la femme, l'eau devient tout à la fois apaisante, inquiétante, merveilleuse et tempétueuse. Du chant qui vient bercer le bébé baigné du corps liquide de sa mère, du plaisir brut et essentiel à la vie, de ses coulures rouges qui font partie d'un cycle, de la tempête impossible à canaliser lorsqu'éclatent les orages féminins, l'eau est sans cesse métabolisée pour nous permettre de vivre, hommes comme femmes. Charlotte Qin et Tessel von der Putte travaillent ici avec cette matière mystérieuse, puissante, éphémère, et nous proposent, à travers installations, peintures et performances, ce flux essentiel : la vie, l'origine du monde.

Frédéric Elkaïm



Une exposition de Charlotte Qin et Tessel van der Putte, sous le commissariat de Frédéric Elkaïm et présentée par Meeting of Waters. Espace Ruine, Genève, 7–20 juillet 2026. Second chapitre de cette exploration, prolongeant l'exposition personnelle de 2025 du même nom de Charlotte Qin, à la Galerie Art Now, Carouge — une recherche continue sur l'eau et le féminin, poursuivie à travers l'exposition, le dialogue et la pratique.



‍

L'eau comme force féminine qui engendre, dissout, porte et se souvient. Quatrième état de l'eau tire son nom d'une phase cristalline liquide trouvée à la frontière entre l'eau et la matière vivante — le quatrième état de l'eau, ni solide ni liquide, ressenti dans les cellules, les sources guérisseuses et le corps humain. S'appuyant sur la pensée hydroféministe, de Luce Irigaray à Astrida Neimanis, l'œuvre trace la porosité entre les corps et les paysages : l'eau comme élément et comme métaphore, un contre-récit aux discours climatiques longtemps centrés sur le contrôle et l'extraction, repositionnant l'eau au cœur d'une recherche écologique, émotionnelle et féminine. Au centre, une installation en porcelaine inspirée des créatures aquatiques et des formes fluides du corail et de la fleur, accompagnée de peintures explorant le corps comme paysage perméable.

‍

L'exposition bénéficie également du généreux soutien de CIPEL (Commission internationale pour la protection des eaux du Léman). Depuis plus de 60 ans, la CIPEL est la gardienne du Léman — surveillant sa santé, alertant les décideurs politiques et défendant l'une des réserves d'eau douce les plus précieuses d'Europe. Le jeudi 16 juillet, Nicole Gallina, Secrétaire générale de la CIPEL, a rejoint les artistes Charlotte Qin et Tessel van der Putte ainsi que le commissaire Frédéric Elkaïm pour poser la question suivante : que signifie voir un lac comme un être vivant ? Et quel rôle l'art peut-il jouer dans la gouvernance de l'eau ?